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Amin Maalouf : l’Académie française doit « refléter la diversité » du pays et du monde

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, élu jeudi nouveau secrétaire perpétuel de l’Académie française, est une figure du roman historique d’inspiration orientale qui a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations
Amin Maalouf le 14 juin 2012 à l’Institut de France à Paris à l’issue d’une cérémonie marquant sa nouvelle adhésion à l’Académie française (AFP/François Guillot)
Par AFP

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, 74 ans, a été élu secrétaire perpétuel de l’Académie française, une institution qui doit selon lui « refléter la diversité du pays et du monde ».

Amin Maalouf a été élu à la tête de l’Académie par 24 voix, contre 8 pour son concurrent Jean-Christophe Rufin, au terme d’un scrutin à huis clos.

Le secrétaire perpétuel est le membre qui dirige cette institution chargée de défendre et promouvoir la langue française. Il n’y a eu que 32 personnes pour occuper ce poste depuis 1635.

Il était vacant depuis le décès en août de l’historienne Hélène Carrère d’Encausse, qui l’occupait depuis 1999.

« Je suis persuadé que la mission de l’Académie française est encore plus importante aujourd’hui qu’elle ne l’était au temps de Richelieu », cardinal et homme d’État français mort en 1642 ; c’est « un élément essentiel de l’identité d’une nation et du rayonnement de la France dans le monde », a déclaré Amin Maalouf, après son élection sous la coupole.

« Nous sommes dans un monde désemparé et je pense que nous avons besoin de lieux qui représentent une sorte de conscience morale », a ajouté le nouveau secrétaire général, très impliqué dans les activités de l’institution où il a été élu en 2011.

« C’est un excellent choix, […] un immense écrivain, un homme de fraternité, de dialogue, d’apaisement », a salué la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, elle aussi franco-libanaise, en arrivant sous la coupole après l’élection.

Elle a souligné qu’il s’agissait d’un « magnifique symbole pour tous les francophones du monde ».

Exil, nomadisme, métissage culturel et identité

Amin Maalouf est une figure du roman historique d’inspiration orientale qui a consacré son œuvre au rapprochement des civilisations.

Reçu à l’Académie en 2012, il avait fait inscrire sur son épée une Marianne et un Cèdre du Liban.

« Toute votre œuvre, toute votre pensée, toute votre personnalité, c’est un pont entre deux mondes [...] qui portent chacun leur part de crimes mais aussi de valeurs. Ce sont ces valeurs que vous voulez unir », a résumé sous la Coupole son ami Jean-Christophe Rufin, qui briguait lui aussi ce poste prestigieux.

« Je ne cherche pas à savoir de quel pays je suis, je vis cette double nationalité, libanaise et française, de façon harmonieuse »

- Amin Maalouf

Ancien journaliste installé en France depuis 1976, Amin Maalouf avait remporté en 1993 le prix Goncourt pour Le Rocher de Tanios, qui avait pour décor les montagnes libanaises de son enfance.

On doit à ce conteur hors pair des fictions comme Léon l’Africain (1986), Samarcande (1988), Le Périple de Baldassare (2000) ou Nos frères inattendus (2020).

Il est aussi l’auteur d’essais et de récits comme Les Croisades vues par les Arabes (1983), Les Échelles du Levant (1996), Les Identités meurtrières (1998), Le Dérèglement du monde (2009) ou Un fauteuil sur la Seine (2016), où il raconte la vie des dix-huit académiciens qui l’ont précédé au 29e fauteuil (le sien) depuis 1635.

Il a écrit des livrets d’opéra, notamment pour la compositrice finlandaise Kaija Saariaho. L’un d’entre eux, L’Amour de loin, a été créé en 2000 au festival de Salzbourg.

Les thèmes de l’exil, du nomadisme, du métissage culturel, de l’identité habitent ses livres, écrits en français, érudits et porteurs de plaisir romanesque. Dans Origines (2004), il racontait se sentir l’obligé de ses ancêtres. Chez les siens, écrivait-il, on naît naturellement nomade, cosmopolite, polyglotte. Et c’est la famille, le lignage sacré, qui fonde « l’identité diasporique » des êtres qui, comme lui, vont, depuis le Liban, essaimer de par le monde.

Nostalgie du Levant

Né à Beyrouth le 25 février 1949, Amin est le fils d’un journaliste et écrivain, enseignant, peintre, poète et grande figure de la ville des années 40 à 80.

Dans le sillage de ce père aimé, il devient journaliste après des études d’économie et de sociologie. Pendant douze ans, il est grand reporter, couvrant la chute de la monarchie éthiopienne ou la dernière bataille de Saïgon. Puis directeur de l’hebdomadaire An-Nahar International.

En 1975, il assiste aux premiers affrontements de la guerre civile. Cet intellectuel humaniste décide de partir pour la France. « J’ai quitté le Liban au bout d’un an de guerre, mais je n’éprouve pas de culpabilité car, à un moment donné, il fallait prendre la décision de partir pour ma famille et moi. »

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À Paris, il entre à l’hebdomadaire Jeune Afrique, où il devient rédacteur en chef.

Dans la foulée d’auteurs libanais comme Charles Corm, Nadia Tueni ou Salah Stétié, Amin Maalouf écrit avec ce mélange de force et de douceur propres à l’Orient. Mais, dit-il, « si, en Occident, on me trouve oriental, en Orient, on me trouve très occidental ! »

Cet homme réservé, souriant, attend 1993 pour évoquer le Liban dans un livre (Le Rocher de Tanios), « par superstition peut-être, comme si écrire sur mon pays allait encore aggraver son malheur. Je ne me suis jamais éloigné du Liban, c’est mon pays qui s’était éloigné de moi ».

« Je ne cherche pas à savoir de quel pays je suis, je vis cette double nationalité, libanaise et française, de façon harmonieuse », a-t-il dit en revenant dans son pays natal en 1993 pour la première fois depuis dix ans.

Dans Les Désorientés (2012), il s’inspirait de ses années d’université pour évoquer avec nostalgie son pays, « le Levant », où avant la guerre, toutes les communautés coexistaient.

Il y avait, selon lui, « une qualité de coexistence entre des communautés différentes qui a disparu et n’aurait jamais dû disparaître car cela aurait dû être la préfiguration de l’avenir et aujourd’hui cela appartient au passé ».

Père de trois fils, il se partage entre Paris et l’île d’Yeu (Vendée). Il est l’oncle du trompettiste Ibrahim Maalouf.

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