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La neuvième circonscription, un vrai champ de bataille pour les législatives françaises

La neuvième circonscription des Français de l’étranger est le théâtre d’une grande compétition entre la majorité présidentielle et la NUPES, menée par Mélenchon
L’ex-ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, a été investie le 13 mai sur la zone électorale très convoitée de la neuvième circonscription, qui couvre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Bénin, du Nigeria, du Ghana et du Togo (AFP/Ludovic Marin)
L’ex-ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno, a été investie le 13 mai sur la zone électorale très convoitée de la neuvième circonscription, qui couvre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest, à l’exception du Bénin, du Nigeria, du Ghana et du Togo (AFP/Ludovic Marin)

Dans la course aux législatives, la neuvième circonscription des Français de l’étranger est au cœur d’une bataille très rude. D’abord entre la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron et la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES), conduite par Jean-Luc Mélenchon.

Cette zone électorale très convoitée, qui couvre le Maghreb et l’Afrique de l’Ouest – à l’exception du Bénin, du Nigeria, du Ghana et du Togo –, a créé des tensions au sein même de la majorité présidentielle.

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Après des rumeurs annonçant l’investiture de l’ancienne journaliste de Charlie Hebdo Zineb El Rhazoui, dont les propos sur l’islam et les banlieues font souvent polémiques, une levée de boucliers a eu lieu, contraignant Renaissance – ex-La République en marche (LREM) – à démentir l’information.

Le mystère autour du candidat investi a été maintenu jusqu’au 12 mai, alimentant ainsi les spéculations et l’ambition de certaines personnalités qui aspiraient à participer aux élections avec l’étiquette présidentielle.

Cette attente ne doit d’ailleurs rien au hasard, le 12 étant aussi la date du verdict du procès du député sortant M’jid Guerrab, qui a été condamné à un an de prison ferme et deux ans d’inéligibilité pour avoir frappé à coup de casque en 2017 l’ancien responsable du Parti socialiste Boris Faure.

La candidature de M’jid Guerrab, qui aspirait à rempiler dans la neuvième circonscription, où il avait remporté le siège en 2017 sous les couleurs macronistes, est ainsi définitivement éliminée.

« Les faits étaient graves, ce qui empêchait la majorité présidentielle de l’investir, mais il fallait quand même attendre l’issue du procès », précise à Middle East Eye une source au fait des tractations.

Le 12 mai, c’est ainsi Élisabeth Moreno, ex-ministre déléguée en charge de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui a obtenu l’investiture sous la bannière d’Ensemble, la coalition présidentielle composée de Renaissance, Horizons (de l’ancien Premier ministre Édouard Philippe) et du MoDem (de François Bayrou).

Déception et dissidence

Ce choix n’a pas fait que des heureux. À commencer par Ahmed Eddarraz, ancien buraliste franco-marocain qui côtoie le couple Macron depuis 2016 et s’était porté candidat avant l’annonce de la candidature de Moreno. 

« Après une nuit de réflexion et de nombreuses consultations, je décide de maintenir ma candidature aux élections législatives », a-t-il annoncé le 13 mai dans un communiqué.

Estimant être « le candidat du rassemblement entre les progressistes et les humanistes, au-delà des chapelles partisanes », Eddarraz a dénoncé le « parachutage » d’Elisabeth Moreno et est entré en dissidence.

Dans cette circonscription dont l’épicentre est le Maroc, le risque pour Emmanuel Macron de voir cette zone lui échapper au profit du Franco-Tunisien Karim Ben Cheikh, candidat de la NUPES, est grand

« Au-delà de mon histoire personnelle inscrite dès mon plus jeune âge entre les deux rives de la Méditerranée, je suis aussi membre fondateur de LREM, depuis 2016. J’ai tissé une relation de confiance et d’estime avec Emmanuel Macron », poursuit-il.

Autre prétendant à la députation : l’hôtelier franco-marocain Mehdi Reddad, ancien macroniste devenu membre d’Horizons, espérait participer aux élections sous l’étiquette de la coalition avant de déchanter à son tour.

Dans cette circonscription dont l’épicentre est le Maroc, avec plus de 50 000 personnes inscrites au Registre des Français établis hors de France, le risque pour Emmanuel Macron de voir cette zone lui échapper au profit du Franco-Tunisien Karim Ben Cheikh, candidat de la NUPES, est grand.

Au premier tour de l’élection présidentielle, 40,24 % ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. Le natif de Tanger y jouit d’un certain plébiscite, comme d’ailleurs en Algérie, où 55,4 % des électeurs lui ont donné, le 10 avril, leurs voix.

C’est ce qui a poussé Ahmed Eddarraz à faire marche arrière. « Les enjeux sont si importants pour nos concitoyens de l’étranger qu’il aurait été trop dangereux d’assumer le poids de la division et de fragiliser la majorité présidentielle », a-t-il expliqué dans un communiqué annonçant son retrait de la bataille législative qui se déroulera les 5 et 19 juin.

« La compétition se joue véritablement contre la NUPES. Les autres candidats auraient beaucoup de chance de l’emporter », explique à MEE une source au sein de la coalition.

Notre interlocuteur fait notamment allusion à la candidature de Naïma M’Faddel, ex-édile à Dreux, dans l’Eure-et-Loir, qui se présente dans la neuvième circonscription avec l’étiquette des Républicains, dont la candidate aux élections présidentielles Valérie Pécresse a essuyé un revers sans précédent avec un score de moins de 5 % des suffrages exprimés.

L’accès à l’école française, une revendication commune

« Cette circonscription comprend tous les enjeux de la nouvelle histoire qu’Emmanuel Macron a envie d’écrire avec le continent africain : les aspects historiques qui nous lient avec ses belles pages, mais aussi ses pages sombres, cette volonté d’avoir un véritable partenariat gagnant-gagnant entre les pays d’Afrique et la France, mais aussi entre le continent européen et le continent africain », plaide Elisabeth Moreno dans un entretien donné au Point.

De son côté, Karim Ben Cheikh veut « protéger l’enseignement français à l’étranger », notamment à travers un accès gratuit à l’école pour les familles modestes, et renforcer les services publics de proximité.

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Des mesures défendues aussi par d’autres candidats, comme l’avocat franco-marocain Mohamed Oulkhouir, qui plaide pour la suppression des frais de scolarité dans les établissements publics français à l’étranger, ou encore David Azoulay, entrepreneur d’origine marocaine qui veut augmenter le nombre de bourses scolaires.

Même écho du côté de la candidate de Reconquête ! Nathalie Amiot, qui se démarque toutefois par un discours calqué sur celui d’Éric Zemmour. « Comme vous, je souffre de voir notre pays s’enfoncer chaque jour un peu plus dans le déclassement et le remplacement. Comme vous, je m’affole de l’insécurité grandissante qui y règne. Comme vous, la pensée unique m’irrite et les anathèmes des ayatollahs de la bien-pensance m’ont bâillonnée et étouffée trop longtemps », indique-t-elle sur son site.

Depuis que les Français de l’étranger ont leurs propres circonscriptions, créées à la suite de la réforme constitutionnelle de 2008, ce sont les candidats de la majorité présidentielle qui se font élire dans la neuvième circonscription : Pouria Amirshahi du Parti socialiste en 2012 et M’jid El Guerrab en 2017 sous les couleurs de LREM.