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Turquie : le mécène Osman Kavala, bête noire d’Erdoğan, condamné à la perpétuité

Incarcéré depuis quatre ans et demi, Osman Kavala pourrait bien finir ses jours en prison. Du côté de la défense, on pointe du doigt un manque de preuves et l’acharnement du pouvoir turc
Cette photographie non datée, publiée par le Centre culturel Anadolu le 15 octobre 2021, montre le philanthrope turc d’origine parisienne Osman Kavala s’exprimant lors d’un événement à Istanbul (AFP)
Cette photographie non datée, publiée par le Centre culturel Anadolu le 15 octobre 2021, montre le philanthrope turc d’origine parisienne Osman Kavala s’exprimant lors d’un événement à Istanbul (AFP)
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ISTANBUL, Turquie

C’est depuis la prison de haute sécurité de Silivri, en lisière d’Istanbul, par visioconférence et vêtu comme à l’accoutumée d’une chemise blanche impeccable, qu’Osman Kavala a suivi les plaidoiries et entendu l’énoncé du verdict, épilogue d’un feuilleton judiciaire renvoyé de mois en mois.

Le mécène turc, accusé d’avoir tenté de renverser le gouvernement du président Recep Tayyip Erdoğan via le financement des manifestations anti-gouvernementales dites « mouvement de Gezi » en 2013 et lors du coup d’État raté de juillet 2016, a été condamné à la prison à perpétuité.

En outre, il ne pourra bénéficier d’aucune remise de peine, ont expliqué les juges, dont le verdict, énoncé après moins d’une heure de délibéré, a été accueilli par des huées dans la salle du tribunal et les pleurs de ses proches.

Osman Kavala a été seulement acquitté de l’accusation d’espionnage. Ses avocats ont fait part de leur intention de faire appel.

« Un assassinat judiciaire »

Par avance, à la clôture des débats, Osman Kavala – qui a toujours nié les charges pesant contre lui – avait dénoncé un « assassinat judiciaire » contre sa personne.

« Les théories du complot, avancées pour des raisons politiques et idéologiques, ont empêché une analyse impartiale des événements », avait-il lancé avant que les juges ne se retirent.

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Les trois avocats de l’homme d’affaires, éditeur et philanthrope ont notamment fait valoir que jamais les juges ne lui avaient demandé « où il se trouvait » lors des faits qui lui étaient reprochés.

« Il n’y a pas eu de procès : vous n’avez pas posé une seule question à Osman Kavala », a lancé Tolga Aytöre, qui assurait sa défense.

Pendant les plaidoiries, la représentante du Pen Club, association de défense de la liberté d’expression, Caroline Stockford, a demandé aux juges de « lâcher leur téléphone », laissant entendre qu’ils n’écoutaient pas la défense.

Face à la cour vendredi, Osman Kavala avait dénoncé l’influence du président Erdoğan sur son procès.

Ses sept co-accusés – qui comparaissaient libres – ont écopé d’une peine de dix-huit ans de prison, accusés de lui avoir apporté leur soutien.

Surnommé le « milliardaire rouge » par ses détracteurs, Osman Kavala, né à Paris, avait été arrêté en octobre 2017.

« Révéler les graves erreurs de la justice turque »

Acquitté en février 2020 pour les charges liées aux manifestations de 2013, l’éditeur avait été arrêté quelques heures plus tard – avant même de pouvoir rentrer chez lui – puis renvoyé en prison, cette fois accusé d’avoir cherché à « renverser le gouvernement » lors du putsch raté de juillet 2016, ainsi que d’espionnage.

Son acquittement avait ensuite été invalidé par la justice turque, mais la reconduction régulière de sa détention en a fait le héros de l’opposition au président Erdoğan.

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« Avoir passé quatre ans et demi de ma vie en prison ne pourra jamais être compensé. La seule chose qui pourra me consoler sera d’avoir contribué à révéler les graves erreurs de la justice turque », avait-il prévenu vendredi.

L’affaire Kavala a déclenché à l’automne une crise diplomatique, Ankara menaçant d’expulser une dizaine d’ambassadeurs occidentaux, dont celui des États-Unis, qui avaient réclamé sa libération.

En février, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a lancé une « procédure en manquement » contre la Turquie.

Le mois dernier, les procureurs avaient réclamé sa condamnation pour « tentative de renversement » du gouvernement, soit une peine de prison à vie sans possibilité de libération anticipée.

Un tollé international

Les États-Unis se sont dits « profondément troublés et déçus » par sa condamnation, appelant à sa remise en liberté et exhortant « le gouvernement à cesser les poursuites motivées par la politique ».

La ministre allemande des Affaires étrangères Annalena Baerbock a, elle, dénoncé un arrêt « en contradiction flagrante avec les normes de l’État de droit », tandis que le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell a jugé que la décision témoignait « d’une sévérité maximale ». 

Traduction : « Le pire dénouement possible de ce procès-spectacle alors qu’Osman Kavala est reconnu coupable d’avoir tenté de renverser le gouvernement et condamné à la réclusion à perpétuité aggravée ; les sept autres reconnus coupables de l’avoir aidé et condamnés à dix-huit ans et immédiatement arrêtés. Horrifiant, cruel et diabolique. »

La représentante de Human Rights Watch, Emma Sinclair-Webb, présente au tribunal, a dénoncé sur Twitter le « pire dénouement possible », « horrible, cruel et diabolique », et le directeur Europe d’Amnesty International, Nils Muižnieks, a fustigé une « parodie de justice ».

L’association turque des juristes contemporains (CHD) a appelé les avocats à participer à une veille mardi devant le palais de justice pour protester contre le verdict.

« Ce gouvernement, qui s’est abattu sur le pays comme un cauchemar, continue de piétiner le droit », a quant à lui réagi le chef du principal parti turc de l’opposition, Kemal Kılıçdaroğlu.

Par Fulya Ozerkan.