Aller au contenu principal

Ukraine : l’effondrement du barrage de Kakhovka, nouveau coup porté à la sécurité alimentaire du Moyen-Orient

En Ukraine, les récoltes de blé, d’orge et de colza, sont compromises en raison des inondations consécutives à l’effondrement du barrage de Kakhovka
Une habitante se fraie un chemin dans les eaux après la rupture du barrage de Kakhovka à Kherson, en Ukraine, le 6 juin 2023 (AP)
Une habitante se fraie un chemin dans les eaux après la rupture du barrage de Kakhovka à Kherson, en Ukraine, le 6 juin 2023 (AP)

Tous les regards sont tournés vers l’Ukraine et la Russie, qui s’accusent mutuellement d’avoir provoqué la destruction du barrage de Kakhovka, alors que l’eau jaillissait de la structure, inondant maisons et champs dans le sud-est de l’Ukraine

Mais l’impact de la catastrophe va bien au-delà, l’Ukraine étant l’un des plus grands producteurs agricoles de céréales comme le blé et l’orge.

Les inondations provoquées par la rupture du barrage de Kakhovka dans la région ukrainienne de Kherson, sous contrôle russe, ont déjà engendré un pic des cours des céréales, avec une augmentation de 2,4 % du prix du blé mardi dernier, et 1 % du prix du maïs, avant une légère baisse jeudi.

Les économistes de l’ONU estiment que les récoltes de blé, d’orge et de colza des régions du sud de l’Ukraine seront complètement perdues cette année (AFP)
Les économistes de l’ONU estiment que les récoltes de blé, d’orge et de colza des régions du sud de l’Ukraine seront complètement perdues cette année (AFP)

Les analystes soutiennent désormais que le Moyen-Orient ressentira les effets des dommages causés aux produits agricoles dans une région qui est devenue un grenier du monde, tout comme ce fut le cas lorsque les exportations ont ralenti au début de l’invasion russe de l’Ukraine l’année dernière. 

Fadel el-Zubi, ancien représentant en Irak de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), explique à Middle East Eye que les inondations dues à la rupture du barrage vont grandement entraver la capacité de Kherson à produire des céréales.

« Les inondations vont mettre fin à l’agriculture dans la région, entraver la pisciculture et empêcher les agriculteurs d’accéder aux terres. De plus, les produits chimiques et la pollution vont passer dans l’eau et nous pourrions voir des mines remonter à la surface et exploser. »

Pour les champs et la centrale hydroélectrique

Les économistes de l’ONU estiment que les récoltes de blé, d’orge et de colza des régions du sud de l’Ukraine seront complètement perdues cette année en conséquence des inondations. 

Mais les cultures semées au printemps telles que le maïs, le soja et les tournesols pourraient survivre si les eaux se retirent. 

Le barrage de Kakhovka date de l’ère soviétique et est situé sur le Dnipro. L’eau du réservoir servait à alimenter les fermes cultivant des fruits, des céréales et du blé.

Les tensions entre la Russie et l’Ukraine menacent l’approvisionnement en blé en Afrique du Nord
Lire

Sa contenance colossale (18 km³ d’eau) permettait d’alimenter également la centrale hydroélectrique à proximité et la centrale nucléaire de Zaporijjia, deux sites sous occupation russe à l’est du Dnipro.

Les habitants de la péninsule de Crimée occupée par la Russie seront également touchés : 70 000 personnes dans cette région ont désormais besoin d’eau potable. 

Hussam Ayesh, économiste jordanien, indique à MEE que les récoltes hivernales affectées ne pourront être remplacées, ce qui signifie qu’on peut s’attendre à une hausse des cours des céréales au Moyen-Orient. 

Le blé est une bouée de sauvetage pour l’Égypte, où le pain est un aliment de base dont dépendent fortement les 100 millions d’habitants du pays.

Au début de l’invasion russe, l’Égypte importait 85 % de son blé d’Ukraine et de Russie.

L’Égypte est l’un des plus grands importateurs de blé au monde. Entre juillet 2020 et juin 2021, elle a importé 13,3 millions de tonnes de blé, dont 8,96 millions depuis la Russie.

Les cours devraient « se stabiliser »

Mais cela a baissé quand la guerre a temporairement perturbé les expéditions de céréales depuis la mer Noire et endommagé les terres arables. 

L’Égypte tente désormais de se tourner vers sa propre industrie agricole. Pour inciter les fermiers à cultiver du blé cette saison, en avril, le gouvernement égyptien a établi le prix de 150 kilos de blé à près de 1 500 livres égyptiennes (45 euros), soit une augmentation d’environ 50 % par rapport à l’année dernière.

Et ce, malgré les multiples soulèvements historiques en Égypte pour protester contre les hausses des prix du pain et du blé.

Si l’Égypte et de nombreux autres pays dans la région dépendent du blé importé, la Turquie est l’un des rares pays largement autosuffisant avec une production de 20 millions de tonnes pour satisfaire ses besoins nationaux.

VIDÉO : Explosion du prix du pain en Égypte après l’invasion russe de l’Ukraine
Lire

« La Turquie importe du blé mais seulement pour l’utiliser dans des produits commerciaux qui seront ensuite exportés… Certaines de ces importations viennent de Russie et d’Ukraine, mais la sécurité alimentaire de la Turquie ne dépend pas de cela », commente Hussam Ayesh.

L’année dernière, 770 millions de tonnes de blé ont été produites dans le monde. Fadel el-Zubi précise à MEE que seuls environ 200 millions de tonnes de blé sont échangées sur le marché mondial. Le reste est consommé au niveau national.

Les exportations de blé annuelles de l’Ukraine avant la guerre s’élevaient à environ 16 millions de tonnes tandis que la Russie en exportait 43 millions de tonnes.

« Les prix reviendront à leur niveau précédent », pense Fadel el-Zubi. « La production de céréales ukrainienne a déjà été sévèrement impactée lorsque la guerre a commencé. »

« La part des exportations ukrainiennes de blé n’est pas énorme par rapport à d’autres pays. Les pays qui dépendaient de l’Ukraine ont augmenté leur stock de blé [d’autres sources] cette année et je ne pense pas qu’il y aura une demande significative. Les cours vont donc se stabiliser. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

Middle East Eye propose une couverture et une analyse indépendantes et incomparables du Moyen-Orient, de l’Afrique du Nord et d’autres régions du monde. Pour en savoir plus sur la reprise de ce contenu et les frais qui s’appliquent, veuillez remplir ce formulaire [en anglais]. Pour en savoir plus sur MEE, cliquez ici [en anglais].