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Wallah, salam, Inch’Allah : cinq expressions islamiques entrées dans le langage courant

Autrefois utilisées exclusivement par les Arabes et les musulmans pratiquants, plusieurs expressions arabes se sont invitées dans la culture populaire
Des musiciens, des stars du sport et même Joe Biden ont adopté des expressions arabes et islamiques (illustration : MEE)

C’est le genre d’interaction qui n’a de sens qu’à l’ère des réseaux sociaux. Abdu Rozik, un influenceur tadjik installé à Dubaï, félicite Tyson Fury sur Instagram après sa victoire. Fervent chrétien, le boxeur lui répond : « D’un roi à un autre ! Machallah. »

Le double champion du monde des poids lourds inclut depuis longtemps des prières islamiques dans son rituel de préparation avant les combats. Cependant, son recours fréquent au vocabulaire islamique n’a plus rien d’exceptionnel.

Il fut un temps où l’on pouvait s’attendre à entendre des expressions islamiques uniquement en écoutant une conversation entre musulmans ou Arabes, ou dans des sermons ou des émissions sur les chaînes publiques du Maghreb et du Moyen-Orient. Toutefois, il est aujourd’hui moins rare de les rencontrer dans une chanson de rap ou pendant un match de football.

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Alors que des musulmans et Arabes s’imposent dans la culture populaire, qu’ils soient athlètes ou artistes, ils apportent avec eux des éléments de leur culture. 

Certains combattants de l’Ultimate Fighting Championship, comme le champion russe d’origine daghestanaise Khabib Nurmagomedov, qui a récemment pris sa retraite, ne cachent pas leur héritage musulman et se font un devoir d’utiliser des expressions islamiques dans leurs interviews. Il en va de même pour des footballeurs tels que l’attaquant de Liverpool Mohamed Salah, qui célèbre souvent ses buts en effectuant le soujoud, un geste faisant partie de la prière islamique.

Dans un autre registre, des artistes comme DJ Khaled relèvent le défi d’apprendre des mots arabes à leurs fans. Dans une vidéo qui a fait le tour des réseaux sociaux, le producteur de musique montre la prononciation arabe du mot baklawa. La tentative de l’artiste, aussi sérieuse et courageuse soit-elle, se termine par une cacophonie de sons gutturaux.

Heureusement, d’autres mots et expressions ne sont pas aussi difficiles à prononcer. Middle East Eye vous initie à quelques expressions populaires et vous donne plus de détails sur leur signification et leur usage courant.

Salam 

D’origine arabe, le mot salam est l’une des salutations les plus répandues dans le monde arabe et islamique. On le retrouve sous forme de mot d’emprunt dans des langues aussi diverses que le turc, le persan et le malais.

Signifiant littéralement « paix », ce mot est apparenté à la salutation hébraïque shalom, dans la mesure où l’arabe et l’hébreu sont des langues sémitiques ayant un ancêtre commun.

Dans le contexte islamique, salam est une façon abrégée de dire Assalamou alaykoum, qui signifie « Que la paix soit sur vous ». Pour ceux qui veulent ajouter encore une touche d’enthousiasme à leur salutation, il existe une version plus longue, Assalamou alaykoum wa rahmatoullah wa barakatouh, qui signifie « Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous ».

Les musulmans considèrent que leur religion leur commande de répondre aux salutations par une salutation équivalente ou supérieure. Certains affirment même qu’ignorer quelqu’un qui les salue est un péché.

Aujourd’hui, des variantes de salam sont largement utilisées par les communautés non musulmanes et laïques du Moyen-Orient et du Maghreb, ainsi que dans les pays où les musulmans sont une minorité.

L’expression est si connue que le rappeur américano-marocain French Montana a sorti un single intitulé Salam Alaykum (voir ci-dessus).

Inch’Allah 

Le président américain Joe Biden a fait les gros titres après avoir employé sur un ton sarcastique l’expression Inch’Allah lors d’un débat avec Donald Trump à l’approche de l’élection présidentielle américaine de 2020. Cette expression est chargée de diverses connotations dans le monde islamique, en fonction du contexte dans lequel elle est utilisée.

L’expression Inch’Allah signifie « si Dieu le veut » et est utilisée par les musulmans pour exprimer un espoir. Elle sert à rappeler le contrôle de Dieu sur l’avenir, ainsi que l’incapacité de l’homme à changer la destinée.

L’utilisation par Joe Biden de l’expression Inch’Allah lors d’un débat des candidats à l’élection présidentielle américaine de 2020 a suscité de vives discussions en ligne (AFP)
L’utilisation par Joe Biden de l’expression Inch’Allah lors d’un débat des candidats à l’élection présidentielle américaine de 2020 a suscité de vives discussions en ligne (AFP)

Dans le langage familier, cependant, l’expression est utilisée en tant que stratégie de détournement ou pour dénoncer un manque d’engagement envers un projet. C’est à cet usage que Biden faisait référence dans son débat avec Trump, dans la mesure où Inch’Allah est devenu synonyme d’une chose qui ne va probablement pas se produire.

Dans les foyers musulmans, les enfants se plaignent souvent de l’emploi d’Inch’Allah par leurs parents en réponse à une demande ; de fait, le sens de l’expression devient « on verra ».

Dans un autre contexte, le rappeur canadien Drake a utilisé Inch’Allah dans sa chanson Diplomatic Immunity, sortie en 2018.

En 2017, l’actrice Lindsay Lohan a posté une photo d’elle sur Instagram avec la légende « Inch’Allah », sans donner plus de contexte, laissant ses fans perplexes. Un an plus tard, elle a repris l’expression dans un post en hommage au roi Abdallah d’Arabie saoudite, décédé en 2015. 

La chanson T5 des Swet Shop Boys (un duo de rappeurs composé de Himanshu Kumar Suri et Rizwan Ahmed) commence également par « Inch’Allah ».

Paradoxalement, cet usage informel n’a rien enlevé à l’importance religieuse de cette expression. Un musulman pratiquant n’omettra d’ajouter Inch’Allah à un plan défini que par inadvertance. 

Wallah/wallahi 

L’expression wallah ou wallahi s’entend le plus souvent dans des conversations animées : elle est employée pour attester de son honnêteté ou de la véracité de quelque chose qui semble improbable.

Couramment utilisé par les jeunes de toutes origines ethniques, wallah signifie littéralement « par Allah ».

Dans une conversation informelle, demander à quelqu’un de dire « wallah » est l’équivalent fonctionnel d’un « Sérieux ? ».

Le rappeur canadien Drake intègre des expressions arabes et islamiques dans sa musique (AFP)
Le rappeur canadien Drake intègre des expressions arabes et islamiques dans sa musique (AFP)

Comme il s’agit d’un serment prononcé au nom de Dieu, ce terme n’est pas destiné à être proclamé de manière informelle, mais plutôt à véhiculer l’idée qu’une affirmation est sérieuse et véridique. Une personne qui utilise cette expression jure par Dieu que ce qu’elle dit est la vérité absolue. L’affirmation doit donc être considérée comme véridique par tous ceux qui l’entendent ; par ailleurs, faire de faux serments est considéré comme un péché grave dans l’islam.

Coutumier du vocabulaire arabe, Drake chante « This is a blessing, mashallah, wallahi / I swear my life story’s better than stories they telling about me », dans son remix de Sweeterman

Machallah 

L’expression machallah signifie « ce que Dieu a voulu » et est utilisée pour féliciter quelqu’un de sa bonne fortune et pour protéger les autres du « mauvais œil ».

Certains pensent que faire un compliment à quelqu’un sans dire « machallah » est un signe d’envie et de jalousie et que cela peut causer du tort à la personne qui le reçoit.

Il existe même des mèmes avec la légende « Quand on ne dit pas “machallah” », qui tournent en dérision la malchance des gens.

Cette expression rappelle aux musulmans que toute bonne fortune provient en fin de compte de Dieu, ainsi que leur devoir d’exprimer leur gratitude et leur satisfaction pour leur sort.

Traduction : « Machallah, Mohamed Salah. Le meilleur ! #WATLIV »

Néanmoins, comme les autres termes qui apparaissent ici, l’expression s’est immiscée dans la culture populaire et se retrouve même dans des paroles de chansons. La rappeuse d’origine trinidadienne Nicki Minaj l’a reprise sur le remix de Plain Jane d’A$AP Ferg, sorti en 2017 : « Ride with Minaj, mashallah, check-in with me, then do your job ».

Al-hamdoulillah 

Les musulmans et les Arabes utilisent l’expression al-hamdoulillah pour exprimer leur satisfaction à l’égard de leur sort dans la vie. L’expression a plus ou moins le même sens que « Dieu merci ». Littéralement, elle signifie « la louange est à Dieu » ; la sourate d’ouverture du Coran, Al-Fatiha (« l’ouverture »), commence par cette exclamation.

Cette expression rappelle également aux croyants que toute bonne fortune vient de Dieu, mais elle a aussi des usages familiers.

Lorsqu’un hôte demande à un invité s’il souhaite reprendre quelque chose, répondre « al-hamdoulillah » est une façon de dire que l’on est repu. 

Les fans de MMA connaissent peut-être ce terme en raison d’une interview de Khabib Nurmagomedov avant le célèbre choc face à Conor McGregor, remporté par le combattant russe d’origine daghestanaise. Avant le duel, le combattant irlandais s’était largement employé à railler Khabib Nurmagomedov et sa foi islamique.

« Al-hamdoulillah », a répliqué Khabib Nurmagomedov devant les fans de son adversaire. « Je sais que vous n’aimez pas ça, al-hamdoulillah. Demain soir, je vais l’éclater, votre mec. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.