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L’ex-patron du Mossad au cœur d’un nouveau scandale

Yossi Cohen, ex-directeur du Mossad, a effectué trois voyages mystérieux en République démocratique du Congo en compagnie d’un sulfureux milliardaire, avant d’en être expulsé
 L’ancien patron du Mossad, Yossi Cohen, a été expulsé de la République démocratique du Congo sur ordre du président Tshisekedi (Facebook)
L’ancien patron du Mossad, Yossi Cohen, a été expulsé de la République démocratique du Congo sur ordre du président Tshisekedi (Facebook)
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L’ancien directeur des services secrets israéliens, le Mossad, fait encore parler de lui. D’après plusieurs médias, Yossi Cohen a effectué, en 2019, trois voyages en République démocratique du Congo (RDC) « au nom d’Israël et à des fins problématiques », et cela « sans coordination avec le gouvernement congolais, qui a fini par l’expulser ».

Selon Bloomberg News, Yossi Cohen, patron du Mossad de 2016 à 2021, s’est rendu trois fois en RDC, accompagné par le milliardaire Dan Gertler, un homme d’affaires « soupçonné par les autorités britanniques d’avoir versé un énorme pot-de-vin de 360 millions de dollars en échange de droits miniers au Congo. Les autorités américaines et suisses soupçonnent Gertler de crimes similaires ».

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Cohen a d’ailleurs milité auprès de Washington pour lever les sanctions ciblant, depuis 2017, Gertler.

Lors de ses visites, le patron du Mossad a rencontré le président congolais Félix Tshisekedi. Ce dernier « a été choqué de découvrir que le chef d’une agence de renseignement étrangère se trouvait dans son pays sans invitation officielle ni avertissement préalable », précise le quotidien israélien Haaretz.

Selon la même source, Cohen s’est présenté devant le président congolais lors de la première visite avec « un cadeau à la main », lui offrant l’aide d’Israël dans les domaines de la technologie et de la défense. Dan Gertler a assisté à cette rencontre.

« Le président surpris ne savait pas quoi penser de la visite de Cohen, mais à ce stade, il n’a apparemment exprimé aucun soupçon sur les intentions du directeur du Mossad », indique Haaretz.

Tentative de coup d’État à Kinshasa ?

Le 10 octobre 2019, Cohen revient en RDC, rencontre une deuxième fois le président Tshisekedi et lui fait une étrange demande : cela le dérangerait-il si le chef du Mossad conseillait l’ancien président Joseph Kabila sur une question intéressant Israël ? Tshisekedi, qui savait à ce stade que Cohen avait également rencontré Kabila lors de sa précédente visite, a accepté.

« Kabila, considéré comme un proche de Gertler [que les enquêteurs internationaux soupçonnent d’avoir soudoyé l’ancien président], entretenait alors une relation politique compliquée avec Tshisekedi : ils étaient partenaires, mais aussi rivaux », rappelle Haaretz.

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C’est à ce moment-là que l’entourage du président Tshisekedi commence à se poser de sérieuses questions sur les agissements du chef du Mossad, qui débarque sans avertir et qui maintient des liens avec le rival Kabila. Ils craignent même que « Cohen aide Kabila à acquérir des armes pour une tentative de coup d’État ».

Le troisième déplacement de Yossi Cohen à Kinshasa intervient quelques semaines plus tard, mais sa réunion avec le président Tshisekedi se déroulera autrement.

« À un moment donné, Tshisekedi a demandé à son personnel de quitter la pièce pour qu’il puisse être seul avec Cohen. À la fin de leur brève conversation, Cohen a reçu l’ordre de se rendre directement à l’aéroport, escorté par les forces de sécurité locales, de quitter le pays et de ne pas revenir. Le chef du Mossad a ainsi été de fait expulsé – un événement sans précédent et humiliant – à la suite d’une série de réunions imprévues », relate Haaretz.

Le journal israélien reconnaît que « le but des voyages de Cohen accompagné de Gertler dans ce pays d’Afrique centrale reste un mystère à ce jour », la censure militaire ayant interdit toute publication sur d’autres détails des escapades de Yossi Cohen.

« Cohen a reçu l’ordre de se rendre directement à l’aéroport, escorté par les forces de sécurité locales, de quitter le pays et de ne pas revenir »

- Haaretz

Mais Haaretz avance une piste : « Après ces événements, Cohen et l’ambassadeur d’Israël à Washington à l’époque, Ron Dermer, ont fait pression sur l’administration Trump – et en particulier sur le secrétaire au Trésor de l’époque, Steven Mnuchin – pour suspendre les sanctions imposées à Gertler et ses entreprises. Cinq jours avant la fin du mandat du président Donald Trump en janvier 2021, les sanctions ont en effet été suspendues. »

Effectivement, les sanctions contre Gertler, notamment accusé de faire travailler des enfants et d’imposer des conditions proches de l’esclavage à ses employés dans les mines congolaises, ont été levées, avant que la nouvelle administration Biden ne les réactivent.

Haaretz a dénoncé le fait que « la censure militaire [ait] interdit la publication d’informations sur les visites de l’ancien directeur du Mossad ». L’argument de la censure militaire est que ce genre d’informations pourrait « nuire à l’image d’Israël ».

Une série de scandales

« Il n’est pas inconcevable que, tôt ou tard, tous les détails soient révélés par un média étranger qui n’est pas soumis à la censure israélienne. Si le but des voyages est révélé, les mauvais côtés de la conduite d’Israël seront également révélés, et beaucoup de gens considéreront sa conduite comme celle d’un État mafieux », prévient Haaretz, qui rappelle que « ces voyages ont été approuvés ‘’au niveau politique’’, pour reprendre l’expression utilisée par plusieurs sources qui se sont entretenues avec [le site qui a révélé l’affaire] The Marker. Ce terme fait presque certainement référence à Netanyahou, le Premier ministre de l’époque, mais on ne sait pas clairement si les voyages ont également été approuvés par le cabinet de sécurité ou un forum plus large ».

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Pour rappel, Yossi Cohen a été la cible d’une enquête de la police pour avoir reçu 20 000 dollars, selon sa version « en cadeau », de la part du milliardaire australien James Packer, à l’occasion du mariage de sa fille. Il a affirmé avoir accepté cet argent après avoir consulté le conseiller juridique du Mossad, et déclaré qu’il s’était engagé à rendre le « cadeau ».

L’ex-patron du Mossad a également été accusé d’avoir été impliqué dans un conflit opposant les hommes d’affaires Ram Ungar et Michael Levi concernant les droits de distribution, en Israël, des véhicules fabriqués par l’entreprise sud-coréenne Kia. Ungar aurait fait des dons à hauteur de 1,1 million de shekels (environ 300 000 euros) à une synagogue située en face de l’habitation de Cohen.

Fin 2021, des médias ont en outre révélé que Cohen entretenait une relation amoureuse avec une hôtesse de l’air mariée. Il aurait fait des révélations concernant son poste à la tête du Mossad à l’époux de sa maîtresse, lequel a fini par médiatiser le scandale.