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Journée mondiale de la langue arabe : sept particularités qui pourraient vous surprendre

L’arabe est parlé par plus de 400 millions de personnes au Moyen-Orient, au Maghreb et dans la diaspora à travers le monde
Un parchemin de la fin du VIIe siècle contenant des versets du Coran en écriture coufique (Wikimedia/Richard Mortel)
Un parchemin de la fin du VIIe siècle contenant des versets du Coran en écriture coufique (Wikimedia/Richard Mortel)
Par MEE

Le 18 décembre, l’ONU célèbre la Journée mondiale de la langue arabe pour honorer le rôle que celle-ci a joué dans le développement de la civilisation humaine.

Fort de quelque 400 millions de locuteurs à travers le monde, l’arabe, dans sa forme classique, est également la langue liturgique de l’islam, deuxième religion au monde avec au moins 1,6 milliard de fidèles.

La date de cette journée célébrée tous les ans depuis 2012 coïncide avec le jour où l’Assemblée générale des Nations unies a reconnu l’arabe comme l’une des langues officielles de l’organisation en 1973.

Dans un communiqué publié en amont de l’événement en 2021, Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, déclarait : « À travers les siècles, l’arabe a été au cœur des échanges entre les continents et entre les cultures. »

La langue, a-t-elle ajouté, a été « maniée par tant de grands poètes, penseurs, scientifiques et savants ».

À l’occasion de la Journée mondiale de la langue arabe, Middle East Eye présente certaines particularités de la langue arabe que vous ignorez peut-être :

1. Pas de consensus sur l’ancienneté de la langue arabe

Selon la personne que vous interrogez, les premières traces de l’arabe remontent au IIe millénaire avant J-C, au VIIIe siècle avant J-C ou aussi tard qu’au IVe siècle avant notre ère.

La raison de ce manque d’uniformité réside dans la définition de ce qui constitue la langue arabe telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Les langues pratiquées de nos jours sont des versions évoluées de langues parlées il y a des milliers d’années, mais déterminer à quel moment une langue se distingue tellement de son ancêtre qu’elle ne peut plus être considérée comme la même fait l’objet de débats.

L’arabe classique était utilisé dans la région du Hijaz il y a plus de 1 500 ans (AFP)
L’arabe classique était utilisé dans la région du Hijaz il y a plus de 1 500 ans (AFP)

De tels désaccords ne sont pas propres à l’arabe ; en anglais, par exemple, même s’il est établi que le dialecte moderne est un descendant du vieil anglais, les deux formes sont si différentes l’une de l’autre qu’il est peu probable qu’un locuteur moderne comprenne plus que quelques mots de la langue ancienne.

L’arabe classique, qui est presque identique à l’arabe standard moderne (également appelé arabe littéraire ou fousha) utilisé aujourd’hui, est attesté il y a environ 1 500 ans et c’est en arabe que le Coran, le texte sacré de l’islam, est écrit.

Les Nabatéens, qui vivaient dans une région correspondant peu ou prou à la Jordanie et au Nord de l’Arabie saoudite d’aujourd’hui, parlaient un dialecte de l’arabe vers le IVe siècle avant notre ère.

2. La plus ancienne inscription arabe date de 470 après J-C

Une découverte réalisée en 2014 par une équipe dirigée par la France et l’Arabie saoudite a mis au jour la plus ancienne inscription connue au monde en écriture arabe : « Thawban Ibn Malik », trois mots gravés dans la pierre à côté de ce que l’on pense être une croix chrétienne.

La dalle de pierre a été découverte à Najran, en Arabie saoudite, et daterait d’environ 470 après J-C.

L’écriture arabe moderne s’est développée à partir de l’écriture nabatéenne (AFP)
L’écriture arabe moderne s’est développée à partir de l’écriture nabatéenne (AFP)

On pense que le texte a été écrit dans une version initiale de l’écriture arabe connue sous le nom d’arabe nabatéen, lui-même une évolution des écritures nabatéenne et araméenne anciennes.

Le royaume nabatéen exista du IVe siècle avant notre ère environ jusqu’à 106 après J-C ; il est célèbre pour les structures que les Nabatéens creusèrent dans des formations rocheuses, comme à Petra, en Jordanie.

3. L’arabe est lié à l’hébreu et à l’amharique

L’arabe fait partie de la famille des langues sémitiques, elle-même membre de la famille afro-asiatique.

La famille sémitique comprend des langues encore parlées aujourd’hui, comme l’hébreu en Israël et l’amharique en Éthiopie, ainsi que des langues éteintes qui furent jadis parlées par un grand nombre de locuteurs, comme l’akkadien et le phénicien.

Appartenir à une famille de langues signifie qu’à un moment donné, les langues de cette famille ont évolué à partir d’un dialecte commun.

Un panneau de signalisation en hébreu, arabe et latin dans la vieille ville de Jérusalem (AFP)
Une plaque de signalisation en hébreu, arabe et latin dans la vieille ville de Jérusalem (AFP)

Bien qu’il n’y ait aucune trace de l’idiome originel, il existe suffisamment de similitudes entre des langues telles que l’arabe et l’hébreu pour qu’il soit clair qu’elles partagent la même origine.

L’une des caractéristiques les plus remarquables des langues sémitiques est le système de racine trilitère, selon lequel les mots sont formés à partir d’une combinaison de trois consonnes.

4. Il existe des dizaines de dialectes arabes

L’arabe standard moderne, une version formelle de l’arabe principalement utilisée dans les communications officielles, les médias et la littérature, reste un dialecte unificateur à travers le monde arabe. Dans la vie de tous les jours en revanche, les Arabes parlent un large éventail de dialectes.

Parfois, les différences entre les dialectes peuvent être si grandes que deux locuteurs natifs de l’arabe peuvent ne pas réussir à communiquer sans le recours à l’arabe formel ou à un dialecte plus communément compris tel que l’égyptien ou le levantin.

Il existe au moins 30 dialectes arabes et les différences entre deux variantes sont en général d’autant plus marquées qu’elles sont distantes sur le plan géographique.

Différents dialectes arabes peuvent souvent être mutuellement inintelligibles (AFP)
Différents dialectes arabes peuvent souvent être mutuellement inintelligibles (AFP)

La plus grande division se situe entre les dialectes du Maghreb (occidentaux) parlés en Afrique du Nord et les dialectes du Machrek (orientaux) du Levant.

De nombreuses raisons expliquent ces spectaculaires différences entre dialectes.

Quand les conquérants musulmans prirent le contrôle de vastes étendues de terre entre le Maroc et l’Irak, ils rencontrèrent des peuples qui parlaient d’autres langues. Au fur et à mesure que ces derniers interagissaient avec leurs nouveaux dirigeants, ils eurent un effet sur la langue parlée par les nouveaux arrivants.

Il existe également d’autres facteurs, tels que l’influence des conquêtes ultérieures des Ottomans et des Européens et l’évolution indépendante de langues séparées par la géographie sur de longues périodes.

En ce sens, les dialectes arabes sont similaires aux langues romanes comme le français, l’espagnol et l’italien, qui se sont développées à partir du latin parlé.

5. Une langue européenne est étroitement liée à l’arabe

Le maltais, la langue nationale de Malte, a reçu le statut de langue officielle lorsque l’île a rejoint l’Union européenne en 2004 – c’est la seule langue sémitique à bénéficier de ce statut.

Les quelque 450 000 habitants de Malte parlent une langue qui plonge ses racines dans l’arabe tel qu’il était parlé lorsque l’île voisine de Sicile était gouvernée par des musulmans d’Afrique du Nord.

Le maltais est lié aux formes d’arabe parlées autrefois dans la Sicile voisine (AFP)
Le maltais est lié aux formes d’arabe parlées autrefois dans la Sicile voisine (AFP)

Bien qu’elle soit née des dialectes arabes nord-africains, la langue maltaise a emprunté de nombreux mots à des langues romanes comme l’italien et diffère considérablement de l’arabe parlé aujourd’hui.

Néanmoins, les similitudes sont évidentes pour un arabophone, qui reconnaîtra immédiatement des salutations telles que merhba (bienvenue) et des questions telles que x’jismek ? (shi-yismek/comment t’appelles-tu ?).

6. L’arabe était autrefois parlé jusqu’en Asie centrale

Après la fondation de l’islam, les empires arabes successifs régnèrent sur un territoire qui s’étendait du Maroc à l’ouest jusqu’aux frontières de ce qui est aujourd’hui la Chine.

Cela conduisit à des déplacements massifs de populations depuis l’intérieur du Moyen-Orient jusqu’à des zones situées à la périphérie du monde islamique pour travailler en tant que soldats, administrateurs, chefs religieux et marchands.

Ces nouveaux immigrés apportèrent leur langue avec eux et, même dans les régions qui ne se sont pas complètement arabisées, leurs descendants ont continué à parler l’arabe jusqu’à très récemment.

Des villes comme Boukhara en Ouzbékistan abritaient autrefois des communautés arabophones (AFP)
Des villes comme Boukhara en Ouzbékistan abritaient autrefois des communautés arabophones (AFP)

En Asie centrale par exemple, une variété de l’arabe était parlée dans certaines communautés jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Si on les estimait à quelques dizaines de milliers de locuteurs au début de l’ère islamique, aujourd’hui ces communautés ont été assimilées aux populations voisines de langue persane ou turcique.

De nombreux descendants de ces communautés arabophones sont encore conscients de leurs racines même si leur langue d’origine a été oubliée.

7. De nombreuses langues empruntent du vocabulaire à l’arabe

Alcool, arsenal, algèbre, café, gaze, mascarade ou encore safari ne sont que quelques-uns des mots employés quotidiennement en français qui plongent leurs racines dans l’arabe.

Safari par exemple vient de l’arabe safar qui signifie « voyage », tandis qu’arsenal vient de l’arabe dar al-sina’ ou « maison de fabrication ».

Certaines langues doivent une plus grande partie de leur vocabulaire à l’arabe. Le turc et le persan ont ainsi été fortement influencés par l’arabe en raison de la proximité géographique et de la conquête de ces territoires par les Arabes, ainsi que des flux migratoires des arabophones vers les régions où ces langues sont parlées.

Les supporters du club de football anglais Arsenal doivent le nom de leur équipe à la langue arabe (AFP)
Les supporters du club de football anglais Arsenal doivent le nom de leur équipe à la langue arabe (AFP)

Ces ajouts ne sont pas toujours bien accueillis par les nationalistes de ces pays et des efforts ont été déployés à différents moments de l’histoire pour éliminer l’influence de l’arabe dans leur langue.

L’un des efforts les plus intenses en ce sens fut celui du fondateur de la République turque Mustafa Kemal Atatürk, qui entama un processus de turquisation de la langue visant à remplacer les mots arabes par des équivalents turcs.

Néanmoins, des milliers de mots d’origine arabe subsistent dans le turc moderne.

Traduit de l’anglais (original).

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