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Crainte d’embrasement régional après la frappe iranienne sur des bases américaines

Téhéran a frappé cette nuit des bases américaines et menace de s’en prendre à Haïfa et à Dubaï en cas de représailles américaines. Officiellement, l’Iran et les États-Unis disent souhaiter une désescalade
Des hommes célèbrent le lancement de missiles iraniens sur les forces dirigées par les États-Unis en Irak, à Téhéran, le 8 janvier 2020 (Reuters)
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Des points lumineux dans la nuit et des bruits d’explosion. À peine les funérailles du général Qasem Soleimani, assassiné vendredi à Bagdad avec l’Irakien Abou Mahdi al-Mouhandis, leader de la milice Hachd al-Chaabi, terminées, l’Iran a riposté en tirant des missiles contre deux bases abritant des soldats américains en Irak.

Selon le Pentagone, une douzaine de missiles ont été lancés depuis l’Iran contre les bases d’Aïn al-Assad et d’Erbil. « Vers 22 h 30 (GMT) le 7 janvier, l’Iran a tiré plus d’une douzaine de missiles balistiques contre les forces militaires américaines et de la coalition en Irak », a indiqué Jonathan Hoffman, porte-parole du ministère américain de la Défense dans un communiqué. 

L’agence de presse iranienne Fars a publié mardi sur Twitter une vidéo décrivant ce qui aurait été des tirs de missiles iraniens sur la base militaire d’Aïn al-Assad en Irak.

Vidéo des missiles touchant la base d’Aïn al-Assad

Selon le commandement militaire irakien, ce sont 22 missiles qui se sont abattus sur deux bases sur son sol sans faire de « victimes parmi les forces irakiennes ».

Selon Al Jazeera, la télévision iranienne revendiquait mercredi matin 80 morts.

Ces raids marquent un tournant faisant redouter une escalade régionale ou un conflit ouvert, même si dirigeants américains et iraniens ont rapidement semblé vouloir calmer le jeu.

Dans un tweet au ton particulièrement léger et plutôt apaisant, le président américain Donald Trump a indiqué qu’il ferait une déclaration mercredi matin et laissé entendre que le bilan n’était pas très lourd.

Traduction : « Tout va bien ! Des missiles ont été lancés depuis l’Iran sur deux bases militaires situées en Irak. L’évaluation des pertes et dommages est en cours. Jusqu’ici tout va bien ! Nous avons de loin l’armée la plus puissante et la mieux équipée au monde ! Je ferai une déclaration demain matin. »

La porte-parole de la Maison-Blanche, Stephanie Grisham, a déclaré que Trump avait été « informé », « surveillait la situation de près et consultait son équipe de sécurité nationale ». Le secrétaire d’État Mike Pompeo et le chef du Pentagone Mark Esper se sont rendus à la Maison-Blanche pour une réunion quelques heures après l’attaque, a rapporté CNN.

La chaîne américaine a par ailleurs confirmé mardi que les forces de la région étaient préparées à des frappes de représailles iraniennes, mais a précisé que Washington préférerait une solution diplomatique, tout en indiquant que 4 000 hommes avaient reçu l’ordre de se tenir prêts et pourraient être déployés dans les prochains jours.

Mercredi matin, l’ayatollah Ali Khamenei a qualifié cette attaque de « gifle à la face » des Américains. « L’Iran est un pays pacifique qui ne cherche pas l’escalade avec une autre nation. Nous sommes prêts à faire face aux tyrans du monde », a-t-il ajouté.

« Il a été clairement prouvé que nous ne battons pas en retraite devant l’Amérique », a déclaré le président iranien Hassan Rohani. Si l’Amérique « veut commettre un autre crime, elle doit savoir qu’elle recevra une réponse plus ferme » encore, a prévenu le président iranien en conseil des ministres. « Mais s’ils sont sages, ils ne feront rien de plus à ce stade. »

De son côté, Mohammad Javad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, a affirmé que son pays avait mené et « terminé » dans la nuit des représailles « proportionnées ».

Traduction : « L’Iran a pris et conclu des mesures proportionnées de légitime défense en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations unies en visant une base à partir de laquelle une attaque armée a été lâchement lancée contre nos citoyens et hauts fonctionnaires. Nous ne recherchons pas l’escalade ou la guerre, mais nous nous défendrons contre toute agression. »

« Nous avertissons le Grand Satan, le régime américain vicieux et arrogant, qu’à tout nouvel acte malveillant ou nouveau mouvement d’agression seront opposées des réponses encore plus douloureuses et dévastatrices », a indiqué un communiqué en persan publié dans la nuit par les Gardiens de la révolution.

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Le Parlement iranien a adopté en urgence une loi classant toutes les forces armées américaines comme « terroristes » après la mort de Qasem Soleimani, architecte de la stratégie de l’Iran au Moyen-Orient, souvent considéré comme un héros dans son pays pour le combat contre l’État islamique (EI).

Les Gardiens de la révolution ont également conseillé à Washington de rappeler ses troupes déployées dans la région « afin d’éviter de nouvelles pertes », et menacé de frapper Israël et « des gouvernements alliés » de l’Amérique.

Le Premier ministre démissionnaire irakien Adel Abdel-Mahdi a indiqué avoir été prévenu des tirs imminents par « un message verbal » de Téhéran, « au moment » où les Américains appelaient pour indiquer que des missiles s’abattaient sur les bases où ils se trouvent. 

Il a dénoncé « une violation de la souveraineté de l’Irak », sans toutefois utiliser les termes sévères qu’il avait réservés aux États-Unis.

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Il passe pour être plus proche des pro-Iran que le président Barham Saleh et le chef du Parlement Mohammed al-Halboussi qui, eux, ont « condamné » et « dénoncé » la riposte iranienne sur leur sol. Le Parlement irakien avait exhorté dimanche son gouvernement à expulser les troupes étrangères d’Irak après la colère provoquée par l’élimination de Soleimani.

Mais mardi, Donald Trump a clairement écarté toute intention de quitter l’Irak. Certains des alliés occidentaux des États-Unis ont en revanche annoncé leur retrait militaire partiel, alimentant les craintes de voir les tensions actuelles saper la lutte contre l’​​​​EI​.

Un retrait des troupes américaines « serait la pire chose qui puisse arriver à l’Irak », a insisté le locataire de la Maison-Blanche, évoquant le danger que représente à ses yeux pour ce pays l’imposant voisin iranien. 

« À un moment donné, nous partirons, mais ce moment n’est pas venu », a-t-il assuré.

« Les os des Américains dans la région sont en train d’être brisés »

Les observateurs estiment que cette frappe marque « une nouvelle phase » dans la surenchère entre l’Iran et les États-Unis.

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Samedi 4 janvier, Donald Trump avait menacé de frapper 52 sites en Iran « très rapidement et très durement » si la République islamique attaquait du personnel ou des sites américains.

Il avait ensuite fait machine arrière. « Selon diverses lois, nous sommes censés être prudents avec leur héritage culturel », avait-il ajouté plus tard avant d’assurer : « J’aime respecter la loi ».

« Les os des Américains dans la région sont en train d’être brisés et leurs cris deviennent plus forts », a déclaré pour sa part mercredi Ismail Qaani, qui a succédé à Qasem Soleimani à la tête de la force al-Qods des Gardiens de la révolution, a rapporté la chaîne de télévision Al Manar du Hezbollah.

Téhéran a menacé de frapper Dubaï aux Émirats arabes unis (EAU) et Haïfa en Israël si Washington répondait à l’attaque de cette nuit contre les bases américaines en Irak, a rapporté la chaîne d’informations affiliée au gouvernement iranien Al Alam.

Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a prévenu mercredi l’Iran qu’Israël répondrait de manière « retentissante » en cas d’attaque.

Selon Joe Macaron, membre du think tank Arab Center Washington DC, une attaque directe de l’Iran contre les forces américaines modifie les paramètres des affrontements entre Téhéran et Washington.

« Que l’Iran vise pour la première fois les États-Unis depuis ses territoires et utilise des missiles balistiques au lieu de roquettes par procuration est un acte important : de plus en plus de lignes rouges sont franchies dans la confrontation américano-iranienne », analyse-t-il pour Middle East Eye.

Selon l’AFP, de nombreux avions militaires ont survolé Bagdad après cette frappe.

L’agence fédérale de l’aviation américaine (FAA) a interdit aux avions civils américains le survol de l’Irak, de l’Iran et du Golfe.

Air France a également suspendu jusqu’à nouvel ordre « tout survol des espaces aériens iranien et irakien ».

Les cours du pétrole s’envolaient de plus de 4,5 % mercredi matin dans les échanges en Asie.